Le TMNlab accompagne depuis 7 ans les professionnels des théâtres dans leur compréhension des enjeux du numérique et vers la transformation digitale du secteur. Mais cette transformation, souvent perçue à tort comme un bénéfice écologique notamment via la dématérialisation, et humain via la simplification et l’empowerment, laisse une lourde empreinte.

L’Agenda 21 de la culture date de 2004… et alors que, face à l’urgence, 2019 a été l’occasion de mobilisations sans précédent partout dans le monde, le sujet revient au cœur des débats portés par les artistes et par les institutions. Des compagnies comme celle de Jérôme Bel prennent des engagements forts pour réduire leur impact carbone, la transition est au cœur de nouveaux projets comme Slow danse, La Turbine ou celui de La Maison des Métallos, La Colline publie ses engagements environnementaux…

Et dans ce mouvement, le numérique soulève des questions spécifiques, parfois peu identifiées.

Lundi 2 novembre 2020 (report du 16 mars 2020), nous avons donc choisi de traiter la question du numérique sous l’angle de la transition écologique et de la responsabilité sociétale, éthique. Parce que nous pouvons mener, ensemble, une transformation numérique responsable de nos structures.

Introduction et mot d’accueil

#1 – Comprendre le poids écologique et éthique du numérique

Comment le numérique, loin de dématérialiser, pèse lourdement sur la planète ? Greenwashing, écologie de l’attention, droit à la déconnexion : et d’un point de vue éthique, quels sont les points de vigilance liés au numérique ? Développer sa culture numérique c’est aussi en comprendre la face sombre. Si le numérique « zéro impact » n’existe pas, aller vers une modération numérique est possible.

Intervenants :

« Si elle a le mérite d’exister, la terminologie sobriété numérique n’est peut-être pas la mieux adaptée en ce qu’elle sous-entend qu’il faudrait se priver de quelque chose. » / « Le numérique durable n’est pas possible. »
Bela Loto Hiffler

« Du point de vue écologique, il y a un intérêt à comprendre comment fonctionnent ces algorithmes, quelles sont leurs limites et comment faire pour tenter d’en sortir. » / « Les institutions, de par leur position d’autorité dans la société, vont participer d’une logique de légitimation de ces plateformes [Facebook, Instagram, Snapchat, etc., NDLR], il y a donc une vraie responsabilité de leur part. »
Maxime Guedj

Ressources évoquées ou partagées au cours de la session #1 :

  • Film Welcome To Sodom, réalisé par Florian Weigensamer et Christian Krönes (2018), sur la plus grande décharge électronique au monde à Accra, capitale du Ghana.
  • La face cachée du numérique. Comment utiliser le numérique en gardant le contrôle ? Ce guide de l’ADEME donne les conseils pratiques à appliquer au quotidien pour réduire l’impact environnemental de l’usage du numérique.
  • Créée en 2004, GreenIT.fr est la communauté des acteurs du numérique responsable qui s’intéressent, entre autre, à la sobriété numérique, à l’écoconception des services numériques, à la lowtech, et plus globalement à un avenir numérique alternatif.
  • Vidéo de The Shift Project, un think tank qui oeuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone.
  • The Shift Project a notamment développé Carbonalyser ; une extension de navigateur qui permet de visualiser la consommation électrique et les émissions de gaz à effet de serre associées à notre navigation internet.
  • Déployer la sobriété numérique : le nouveau rapport du Shift sur l’impact environnemental du numérique (octobre 2020). Après Lean ICT – Pour une sobriété numérique (2018) et Climat : l’insoutenable impact de la vidéo en ligne (2019) ; ce troisième rapport vise à proposer des cadres méthodologiques opérationnels pour mettre en place la sobriété numérique : dans les stratégies et politiques publiques, dans l’entreprise, dans les systèmes d’usages du domaine privé.
  • L’espace EcoInfo réunit des ingénieurs, des chercheurs, des étudiants, des secteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur en France autour d’un objectif commun : agir pour réduire les impacts environnementaux et sociétaux des TICs.
  • Chatons est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Il vise à rassembler des structures proposant des services en ligne libres, éthiques et décentralisés afin de proposer aux utilisateurs des alternatives respectueuses de leurs données et de leur vie privée aux services proposés par les GAFAM.
  • CHATONS est un collectif initié par l’association Framasoft en 2016, après le succès de sa campagne Dégooglisons Internet
  • WEEEMAN 2005 de l’artiste Paul Bonomini. Cette sculpture est entièrement composée de déchets électroménagers : 3,3 tonnes représentant la quantité moyenne envoyée à la décharge par chaque habitant de l’Angleterre au court de sa vie.
  • Vidéo Comment les algorithmes nous enferment ? par France TV Éducation.
  • Undress or fail: Instagram’s algorithm strong-arms users into showing skin, l’étude publiée par Algorithm Watch et financée par l’European Data Journalism Network selon laquelle Instagram favorise les photos d’influenceurs et d’influenceuses dénudés.
  • GAFA Reprenons le pouvoir ! de Joëlle Toledano (Odile Jacob, août 2020) ; à retrouver dans l’émission La Bibliothèque idéale de l’Eco par Tiphaine de Rocquigny, sur France Culture (diffusée le 21 septembre 2020). 

#2 – Changer nos lieux et nos usages face au numérique

Concrètement, quelles sont les recommandations à suivre ? Quelles démarches entreprendre au sein de nos théâtres ? Nous poursuivrons l’échange en mettant également en perspective les recommandations de l’Institut du Numérique Responsable et de l’ADEME, ainsi que les différentes démarches d’accompagnements possibles.

Intervenants :

« Il existe aujourd’hui très peu de labels, de normes, de guides sur la responsabilité sociale et environnementale dans le champ culturel, pourtant nous avons un certain nombre de spécificités en raison desquelles on ne peut pas raisonner de la même manière sur ce secteur que sur d’autres. » / « Trouver des services numériques moins lourds, c’est aussi atteindre des territoires moins équipés en réseau internet et ainsi avoir une accessibilité plus large à nos contenus. »
Laëtitia Stagnara

« L’obsolescence n’est pas seulement celle des objets mais aussi de l’usage que nous en faisons. »
Bela Loto Hiffler

Ressources évoquées ou partagées au cours de la session #2

#3 – Développer une vision sectorielle de la sobriété numérique

De nombreuses recommandations dépassent largement la sphère interne de nos lieux. Les théâtres sont souvent de petites organisations, leur impact doit aussi se penser à l’échelle du secteur du spectacle vivant. Quels sont les leviers efficaces aujourd’hui ? Devenir acteur de mutualisation ? Favoriser l’essor des communs numériques ? Peser par nos choix d’investissement sur une responsabilisation des partenaires ?

Intervenants :

Verbatims :

« L’important, c’est de parler de mutualisation. Comment peut-on faire mieux ou autant en refaisant moins les choses, en économisant ? […] En ce qui concerne l’écologie mais aussi dans nos vies courantes, avec bon sens ; l’important c’est d’essayer, autant que faire se peut, de ne pas refaire en permanence ce qu’on a fait auparavant ou ce que d’autres autour de nous ont fait. » / « Une API [Application Programming Interface ou interface de programmation d’application] offre un accès direct à des contenus ou à des données aux développeurs qui créent votre site internet ou vos applications mobiles, et qu’ils peuvent ainsi réutiliser. On parle beaucoup de traçabilité (notamment les institutions qui peuvent avoir des problématiques d’authentification) ; or les API permettent d’aller chercher à la source des contenus pour les réutiliser. »
Isabelle Reusa

« L’idée, ce n’est pas de dire il faut quitter Facebook ou Instagram pour Mastodon puisqu’à court terme il faut être là où sont les utilisateurs ; pour autant il y a peut-être un vrai intérêt à envisager une diversité d’approches et à amener les publics vers ces réseaux là. […] [Les arguments éthique et écologique] ouvrent une nouvelle palette de valorisation de vos contenus » / « Quand on utilise des outils libres ou open source, il est important d’apprécier la communauté qui est derrière parce que c’est ce qui va permettre la durabilité de l’outil. C’est-à-dire que tant que des utilisateurs auront besoin de l’outil ; il y aura des gens pour l’améliorer et le mettre à jour. »
Maxime Guedj

Ressources évoquées ou partagées au cours de la session #3 :

  • Fondé il y a plus de 30 ans, VideoMuseum est un réseau de musées et d’organismes gérant des collections d’art moderne et contemporain qui a pour but de développer, en commun, des méthodes et des outils utilisant les nouvelles technologies de traitement de l’information afin de mieux recenser et diffuser la connaissance de leur patrimoine muséographique.
  • Numeridanse.tv, vidéothèque internationale de danse en ligne gratuite. 
  • Vidéo de présentation du réseau social décentralisé Mastodon.
  • IndieHosters est un collectif qui propose une solution éthique et complète d’outils collaboratifs pour les organisations de toutes tailles. IndieHosters fait partie des Chatons, le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires.
  • API Days, conférence dédiée à l’impact économique des APIs dans le paysage IT moderne et l’avenir des solutions numériques.
  • Le Challenge Sobriété Numérique (Sustainable Digital Challenge), est un défi lancé lors des API Days 2019 avec Fairness et ouvert aux grandes entreprises, start-ups, PME et indépendants, pour mieux comprendre et implémenter les bonnes pratiques d’éco-conception numérique et améliorer leurs compétences en matière de développement de logiciels durables.
  • Marmelab est lauréat du Challenge Sobriété Numérique 2020 et a développé Argos, son propre outil de mesure de la consommation numérique, disponible en open-source. 
  • Solution d’hébergement Hetzner présenté par Maxime Guedj.
  • Website Carbon Calculator : un outil gratuit pour estimer l’empreinte carbone de votre site web.
  • Mémo pour télétravail de l’association d’éducation populaire Framasoft.

#4 – Imaginer l’innovation dans un contexte de sobriété

Le numérique reste incontournable à de nombreux égards. Nous avons évoqué comment en avoir une approche plus sobre, plus responsable. Peut-on mieux innover avec le numérique ? Quelles pistes sont explorées aujourd’hui pour réduire l’empreinte du numérique dans l’innovation ? Et pour utiliser ce numérique au service d’enjeux écologiques ?

Intervenants :

« Avec ONIRI, création sur laquelle on travaille depuis plus de trois ans maintenant, […] on a essayé de conserver nos pratiques [musique amplifiée, vidéo, entretiens sonores, éclairage], de rester au plus proche de ce qui fait la force de nos outils sur scène, tout en essayant de les réduire à leur essentiel afin d’avoir une consommation de matière et d’énergie moins importante. » / « Assez rapidement la question de l’autonomie de notre dispositif s’est posée. […] L’enjeu pour nous, c’était de parvenir à utiliser moins de matière, une matière qui consomme peu d’énergie, et de comprendre comment produire cette énergie pour pouvoir jouer auprès de publics qu’on ne retrouve pas dans les salles de spectacle. »
Ezra

« Le tiers-lieu Volumes dans le 19e arrondissement de Paris, créé il y a 5 ans, est un laboratoire qui repose sur l’idée, a contrario d’une opposition entre l’homme et la technologie, que la technologie peut augmenter les interactions humaines. » / « Au sein du réseau FabCity, on oeuvre tous ensemble pour que nos villes redeviennent productives notamment grâce aux outils technologiques de production et à leur vulgarisation. » / « Une mise en œuvre éthique de la technologie ne peut avoir lieu que s’il y a : des communautés engagées, des tiers-lieux capables d’accueillir ces communautés et, enfin – seulement -, la technologie » / « Ce qui nous intéresse dans tous nos projets ; c’est d’aller chercher là où le numérique nous permet de faire plus. »
Francesco Cingolani

« Nous, chez Ethics by design, on sensibilise sur la nécessité d’atterrir pour reprendre un terme de Bruno Latour [voir les références, NDLR]. […] Toute notre démarche est orientée vers cet objectif : faire prendre conscience que nos pratiques professionnelles sont parties prenantes du changement climatique. »
Dominique Karadjian

Ressources évoquées ou partagées au cours de la session #4 :

  • Vidéo d’ONIRI 2070, spectacle d’Ezra itinérant et immersif, en autonomie énergétique.
  • La Compagnie Organic Orchestra (Cie O.O) produit des créations à la fois contemporaines et populaires, transdisciplinaires, immersives et collaboratives. 
  • Le tiers-lieu Volumes se présente « à la fois [comme] un carrefour de communautés et d’acteurs économiques, institutionnels et académiques, un laboratoire d’expérimentation sur la transdisciplinarité et les nouveaux modes de travail, un incubateur de projets et un accompagnateur au changement de société. »
  • Vidéo : une visière développée au tiers-lieu Volumes pendant le confinement, conçue pour la découpe laser afin de minimiser la matière et le temps. 
  • Fab City Grand Paris est un réseau local engagé dans la montée en puissance de l’économie circulaire et collaborative de l’agglomération parisienne.
  • Reflow est un projet Horizon 2020 qui s’inscrit dans le programme de financement européen pour la recherche et l’innovation. Acronyme de constRuctive mEtabolic processes For materiaL flOWs in urban and peri-urban environments across Europe, ce projet d’une durée de trois ans a été lancé officiellement à Copenhague les 17 et 18 juin 2019. Chacune des six villes engagées dans le projet se concentre sur une ressource spécifique: le tissu pour Amsterdam, le plastique pour Vejle, la modélisation des informations du bâtiment (BIM) pour Berlin, l’agroalimentaire pour Milan, les innovations bas carbone pour Cluj-Napoca et la filière événementielle pour Paris.
  • Le collectif des Designers Éthiques est une structure de recherche-action qui s’intéresse depuis 2016 aux enjeux de la conception numérique.
  • Les captations des conférences et tables rondes Ethics By Design sont disponibles en ligne.
  • Bruno Latour, sociologue, anthropologue, philosophe auteur de Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. (La Découverte, octobre 2017).
  • Livre L’Âge des low tech – Vers une civilisation techniquement soutenable de Philippe Bihouix (Seuil, avril 2014).
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