« Myriade » : quand une plateforme collaborative accompagne l’évolution des pratiques de l’action culturelle

Myriade est née d’un constat partagé par les acteurs de l’action culturelle en Auvergne-Rhône-Alpes : les projets sont nombreux, inventifs et porteurs de transformations, mais demeurent dispersés entre une multitude de réseaux, de sites internet et de dispositifs. Cette fragmentation limite leur visibilité, freine les coopérations et rend peu perceptible le travail d’ingénierie et de coordination porté quotidiennement par les professionnels de l’action culturelle.

Pour répondre à cet enjeu, la Direction Régionale des Affaires Culturelles Auvergne-Rhône-Alpes (DRAC) et la Région Auvergne-Rhône-Alpes ont engagé, dès 2019, une démarche de préfiguration fondée sur l’écoute des besoins du terrain.

Genèse : d’un besoin de visibilité à la construction d’un bien commun numérique

Une assistance à maîtrise d’ouvrage, confiée à Ladydinde (Céline Mossaz) et Récolte (Christine Bolze), a permis de conduire une série d’entretiens, d’ateliers et de temps de restitution associant de nombreux acteurs culturels régionaux.

En 2023, un prototype a été développé par l’agence digitale Rézo Zéro, puis éprouvé avec un groupe de bêta-testeuses, coordinatrices de conventions territoriales d’éducation artistique et culturelle (CTEAC), aux côtés des équipes d’Auvergne-Rhône-Alpes Spectacle Vivant et d’Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture. Cette phase de co-conception a permis de valider les fonctionnalités identifiées, au plus près des usages et des attentes des futurs contributeurs.

À partir de 2024, une équipe dédiée est constituée pour accompagner le développement du projet, animer la communauté d’utilisateurs et faire évoluer la plateforme en continu.

En janvier 2025, Myriade est officiellement mise en ligne et s’ouvre progressivement aux contributions des différentes communautés professionnelles.

Première plateforme collaborative dédiée à l’action culturelle, Myriade ne se limite pas à centraliser des informations. Elle propose un espace commun où les projets, les ressources, les compétences et les expériences deviennent visibles, partageables et réutilisables. En valorisant les initiatives autant que l’expertise des professionnels qui les portent, elle contribue à renforcer les coopérations et la reconnaissance d’un secteur encore peu documenté.

Inscrite dans le Contrat de plan État-Région 2022-2027 et portée conjointement par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes et la Région, la plateforme s’affirme comme un bien commun numérique au service de l’action culturelle. À travers cette expérimentation, elle pose une question plus large : comment un outil numérique peut-il rendre visibles des pratiques professionnelles souvent invisibles, favoriser leur reconnaissance et tenter de transformer les modes de coopération à l’échelle d’un territoire ?

Concevoir un outil, accompagner un changement de posture

Le développement de Myriade a rapidement montré que les principaux défis n’étaient pas seulement techniques. Concevoir une plateforme collaborative implique avant tout d’accompagner une évolution des pratiques professionnelles.

Écrire l’histoire de ce projet ne consiste pas uniquement à communiquer sur une action réalisée. Il s’agit de documenter une démarche, de partager des méthodes, de rendre visibles les partenaires mobilisés, les processus de coopération ainsi que les enseignements tirés de l’expérience.

La plateforme invite ainsi les professionnels à passer progressivement d’une logique de communication à une logique de production et de partage de connaissances.

Catinca Delabie Dumitrascu

Cette évolution suppose un accompagnement continu : ateliers de prise en main, suivi éditorial, animation de communauté et amélioration permanente des fonctionnalités. Développée selon une méthode agile, Myriade évolue au rythme des usages et des retours de ses utilisateurs.

Parce qu’elle repose sur les contributions volontaires de ses communautés, Myriade est un outil vivant, collaboratif et nécessairement évolutif. Cela constitue à la fois une force et une limite. Sa richesse dépend de l’engagement des acteurs à documenter et partager leurs projets. Cette caractéristique explique qu’elle ne puisse pas encore être considérée comme un véritable observatoire de l’action culturelle : le volume et la diversité des données restent encore insuffisants. À terme, cependant, l’accumulation progressive de ces contributions a vocation à constituer un corpus de connaissances permettant d’observer les dynamiques territoriales, de valoriser les pratiques inspirantes et de mieux comprendre la valeur produite par les projets culturelle.

Le numérique comme prolongement des partenariats de terrain : quels défis ?

L’un des partis pris fondateurs de Myriade a été de transposer dans l’environnement numérique les logiques de coopération qui caractérisent les projets d’action culturelle. Sur le terrain, ces projets sont le fruit d’une pluralité d’acteurs – artistes, structures culturelles, collectivités, établissements scolaires, associations, partenaires sociaux ou médico-sociaux – qui conçoivent, mettent en œuvre et évaluent ensemble les actions. Il paraissait donc essentiel que cette réalité collaborative se retrouve également dans la manière de documenter et de valoriser les projets.

La plateforme a ainsi été conçue pour que la publication ne repose pas sur un auteur unique, mais sur une équipe de contribution, réunissant l’ensemble des partenaires ayant participé au projet. Chaque publication devient ainsi le reflet d’une coopération existante, prolongeant dans le numérique les dynamiques partenariales construites sur le territoire.

Cette ambition s’est toutefois confrontée aux pratiques professionnelles. Les premiers usages ont rapidement montré que si les projets sont collectifs, leur documentation ne l’est pas encore. La production de traces, la rédaction ou la valorisation des réalisations restent souvent portées par une seule personne, alors même qu’elles concernent l’ensemble des partenaires. Faire vivre une publication collaborative suppose donc une évolution des habitudes de travail, une meilleure répartition de cette charge documentaire et, plus largement, une reconnaissance de la documentation comme une composante à part entière des projets.

Au-delà d’un outil de publication, Myriade devient ainsi un levier pour interroger les pratiques de coopération, encourager une culture commune de la documentation de l’action culturelle et faire ainsi de la production de connaissances un objet partagé.

Un numérique qui produit de nouvelles formes de valeur

L’un des principaux enseignements du projet est que la plateforme produit des effets qui dépassent largement sa fonction documentaire. Elle agit d’abord sur la visibilité. En rendant consultables des projets et des ressources, elle donne à voir une partie de l’action culturelle qui restait souvent invisible car dispersée dans les territoires. Elle agit également sur la reconnaissance professionnelle.

Les médiateurs ne sont plus uniquement identifiés par leur structure d’appartenance, ils deviennent auteurs de projets, contributeurs de ressources, détenteurs d’une expertise partageable.

Catinca Delabie Dumitrascu

Enfin, elle transforme les logiques de coopération. Les projets publiés deviennent des points d’entrée permettant d’identifier des partenaires, de découvrir des méthodes de travail et de créer de nouvelles collaborations entre secteurs qui se rencontrent rarement.

Le numérique ne remplace donc pas les relations humaines ; il agit comme un accélérateur de circulation des savoirs et de mise en réseau.

Quels résultats ?

Depuis son ouverture en janvier 2025, la plateforme connaît une progression continue du nombre de projets, de ressources, d’événements, d’appels à projets, et automatiquement de comptes utilisateurs et d’équipes contributrices. Elle contribue progressivement à constituer une mémoire régionale de l’action culturelle : les projets ne disparaissent plus une fois achevés, ils deviennent des ressources documentées, mobilisables, comparables et réutilisables par d’autres acteurs.

En s’affranchissant des frontières disciplinaires, sectorielles et géographiques, Myriade rassemble au sein d’un même espace des professionnels issus d’univers qui se rencontrent encore peu : spectacle vivant, patrimoine, lecture publique, arts visuels, éducation, champ social, médico-social ou encore collectivités territoriales. Cette transversalité, encore inédite à l’échelle nationale, favorise la circulation des expériences, le croisement des regards et l’émergence d’une culture commune de l’action culturelle. Au fil des contributions, une communauté professionnelle se constitue ainsi progressivement autour de références, de méthodes et d’un vocabulaire partagés.

Ce que le projet nous apprend

Avec le recul, la principale leçon est qu’une plateforme collaborative, seule, ne crée pas une communauté. Elle révèle, accompagne et amplifie une dynamique qui existe déjà. Le véritable investissement ne réside donc pas uniquement dans le développement informatique, mais dans l’animation de cette communauté : accompagner les contributeurs, construire des règles éditoriales partagées, créer des temps de rencontre et faire vivre la confiance nécessaire au partage des pratiques.

Perspectives

Le développement numérique de Myriade, inscrit dans le Contrat de plan État-Région 2022-2027, s’achèvera à la fin de l’année 2027. Cette échéance ne marque toutefois pas la fin du projet, mais l’ouverture d’un nouveau cycle.

Plusieurs chantiers sont d’ores et déjà identifiés : renforcer l’animation de la plateforme indispensable à son dynamisme, poursuivre l’amélioration des fonctionnalités en fonction des usages et explorer les apports de l’intelligence artificielle, notamment pour faciliter la documentation des projets, la recherche de contenus et l’analyse des données. Une autre perspective consiste à étudier les conditions de déploiement de Myriade dans d’autres régions, tout en préservant son ancrage territorial et son modèle de gouvernance collaborative.

Au-delà de ces évolutions, l’ambition est de faire de Myriade un véritable bien commun numérique au service de l’action culturelle. À mesure que les contributions s’enrichissent, la plateforme pourra constituer un outil d’observation des dynamiques culturelles, de reconnaissance des métiers de l’action culturelle et d’aide à la compréhension des transformations des politiques publiques. À plus long terme, elle pourra également se donner pour vocation de relier des communautés de pratiques à l’échelle européenne, voire internationale, afin de favoriser la circulation des expériences, des ressources et des connaissances autour de l’action culturelle.

L’enjeu n’est plus seulement de développer un outil numérique, mais de faire vivre et consolider un écosystème collaboratif capable de produire, partager et valoriser durablement les connaissances issues des projets de terrain.

Pour en savoir plus

Contact : Catinca Delabie Dumitrascu, Chargée de l’animation et du développement des usages de Myriade, la plateforme collaborative des acteurs de l’action culturelle en Auvergne-Rhône-Alpes.

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