Le 16 avril nous avons ouvert un cycle de RDV IA pour explorer ensemble des usages concrets déployés par des professionnel.les du spectacle vivant. Loin des fantasmes, nous proposons des approches sensibles et incarnées autour de métiers divers mais un point commun : chacun et chacune explore et apprend en faisant.
Pour le premier café de la série, le TMNlab a accueilli Sandra Sturt, directrice adjointe du Théâtre Brétigny et ancienne administratrice de la Scène Nationale de l’Essonne. Là-bas, elle a mené une transformation numérique des environnements de travail et a expérimenté, avec d’autres membres de l’équipe, comment l’IA pouvait être un outil juste et pertinent dans un quotidien exigeant.
Réécoutez l’enregistrement du Café
Compte-rendu détaillé
Cette partie a été générée avec deux outils IA :
l’un pour la transcription de l’enregistrement, l’autre pour l’analyse et le résumé.
1) L’IA comme méthodologie de travail, pas comme solution miracle
L’un des enseignements majeurs de ce retour d’expérience tient dans le refus du mythe de l’outil magique.
Sandra compare rapidement l’IA à une boîte à outils : un tournevis, un marteau ou un clou n’ont d’intérêt que combinés et utilisés avec méthode. Les premiers essais se révèlent d’ailleurs peu concluants. L’efficacité n’apparaît qu’après un temps long d’appropriation :
- apprendre à contextualiser ses demandes,
- découper les tâches,
- nourrir les outils avec ses propres documents,
- accepter une phase d’apprentissage exigeante.
L’IA cesse alors d’être une technologie impressionnante pour devenir un environnement de travail progressif.
2) Trois outils, trois fonctions complémentaires
Plutôt que de dépendre d’une seule solution, Sandra articule ses usages autour de plusieurs outils spécialisés.
ChatGPT : « un compagnon de pensée »
Utilisé en version payante, ChatGPT constitue son principal espace de rédaction et d’idéation. Alimenté pendant des mois avec ses projets, ses dossiers et son environnement professionnel, l’outil devient capable d’établir des liens entre problématiques anciennes et nouvelles.
Au-delà de la production de texte, il joue le rôle d’interlocuteur intellectuel :
- tester des hypothèses,
- formuler des idées,
- se faire contredire,
- éviter la paresse cognitive.
L’IA agit ici moins comme un rédacteur automatique que comme un espace de dialogue réflexif permanent.
NotebookLM : l’analyse fiable des documents
À l’inverse, NotebookLM est mobilisé pour les situations nécessitant une grande rigueur informationnelle.
Fonctionnant selon un principe de génération augmentée par la recherche (RAG), l’outil interroge uniquement les documents fournis par l’utilisatrice. Chaque donnée peut être tracée et sourcée.
Sandra Sturt l’utilise notamment pour :
- croiser rapports d’activité et appels à projets,
- analyser des études sociologiques territoriales,
- produire des synthèses documentaires fiables.
Dans un contexte administratif exigeant, cette capacité à éviter les erreurs factuelles devient déterminante.
Perplexity : un moteur de recherche renforcé
Perplexity complète cet écosystème comme un « Google amélioré », mobilisé pour des questions nécessitant des informations actualisées et vérifiables, notamment dans les domaines juridiques, administratifs ou RH.
L’efficacité globale repose donc sur une hybridation d’outils.
3) Concevoir des outils métiers plutôt que « faire de l’IA »
Un déplacement important apparaît au fil du témoignage : plusieurs réalisations présentées ne sont pas, à proprement parler, des projets d’intelligence artificielle.
L’IA agit surtout comme un accélérateur de conception d’outils adaptés aux besoins professionnels.
Parmi les expérimentations menées :
Mutualisation de matériel
Un système automatisé, conçu avec Google Forms et Google Sheets, permet aux directeurs techniques du réseau de générer automatiquement des conventions de prêt au format Word.
Au-delà du gain de temps administratif, l’outil produit une base de données permettant de valoriser ces pratiques de mutualisation auprès des tutelles, rendant visibles des coopérations jusque-là difficiles à documenter.
Repérage artistique (en développement)
Sandra travaille actuellement à la création d’un agent de veille capable d’agréger les sorties de résidence et propositions de spectacles en Île-de-France, puis de trier ces informations selon ses critères artistiques.
L’objectif n’est pas d’automatiser la programmation mais de réduire la surcharge informationnelle liée au repérage.
Gestion technique d’un réseau de salles
Responsable de 28 salles décentralisées, elle expérimente également une base de données croisant fiches techniques des spectacles et caractéristiques des lieux afin d’identifier immédiatement les espaces compatibles.
Ici encore, l’IA sert surtout à rendre exploitable une complexité organisationnelle existante.
4) Transformer l’organisation avant d’introduire l’IA
Le témoignage insiste sur un point souvent absent des discussions technologiques : l’IA ne transforme pas une structure seule.
À la Scène nationale de l’Essonne, le travail engagé a d’abord porté sur les processus internes :
- numérisation comptable,
- signature électronique,
- circulation partagée de l’information,
- autonomie accrue des équipes.
L’IA intervient ensuite comme prolongement logique.
5) Enjeux éthiques et souveraineté technologique
Malgré les gains de temps observés, une vigilance constante traverse les échanges. Sandra souligne une tension : ces outils peuvent aussi alimenter une accélération permanente du travail, dans un contexte marqué par la baisse des financements publics et l’augmentation des exigences administratives.
La discussion aborde également la dépendance aux grandes entreprises technologiques américaines. L’environnement actuel de l’IA est comparé à un « Far West » en évolution rapide.
Plusieurs recommandations émergent :
- ne pas dépendre d’un seul outil,
- documenter ses méthodes,
- rester capable de migrer vers d’autres solutions.
6) Intelligence collective et partages d’expériences
Les échanges avec les participants ont mis en lumière la diversité des usages déjà à l’œuvre dans les structures culturelles. Des outils comme NotebookLM permettent par exemple de centraliser les documents de référence d’une organisation et d’en faciliter la transmission aux équipes, tandis que Gamma ou Google Slides servent à produire rapidement des supports cohérents.
La discussion a également souligné le potentiel d’assistants documentaires pour le repérage artistique face à la surabondance d’informations, ainsi que la puissance d’outils souvent sous-estimés, Excel, Google Sheets ou Notion, lorsqu’ils sont combinés à des pratiques d’automatisation et d’IA.
Pour aller plus loin
On vous propose de parcourir nos autres échanges autour de l’IA :
