Les espaces des lieux de spectacle ne sont plus seulement des foyers, des halls ou des salles : ils deviennent des lieux de vie, des points de rencontre, des expériences à part entière. Dans un monde où le parcours des publics est de plus en plus hybride – entre présence physique et interactions numériques –, comment penser l’aménagement de ces espaces ?
Hospitalité, convivialité, accessibilité, mais aussi cohérence avec un projet artistique, une image et une identité : autant de dimensions qui interrogent aujourd’hui les pratiques des équipes et les attentes des publics. Jusqu’où un lieu peut-il devenir un tiers-lieu ? Comment articuler l’expérience sur place et l’expérience en ligne ? Quels choix d’aménagements renforcent (ou freinent) l’ouverture et l’adhésion des spectateurs ?
Pour explorer ces questions, le Groupe Billetterie du TMNlab vous a donné rendez vous jeudi 15 janvier pour un dernier cycle avec Emmanuelle Corson, responsable de l’animation du site et lieu de vie, chez Mixt, Terrains d’art en Loire-Atlantique, Maud Anginieur, responsable de l’action culturelle, et Véronique Salmonie, directrice de l’accueil-billetterie, du TAP – Scène nationale de Grand Poitiers.
Réécoutez l’enregistrement du Café
Compte-rendu détaillé
Cette partie a été générée avec deux outils IA :
l’un pour la transcription de l’enregistrement, l’autre pour l’analyse et le résumé.
1) Retour sur les précédents cycles
En ouverture, l’équipe du groupe Billetterie est revenue sur les grands enseignements des deux cafés précédents.
Le premier rendez-vous avait posé les bases théoriques, avec l’intervention de Wafa Ait Armer, consultante invitant à penser le théâtre comme un lieu visible, traversable, porté par une stratégie collective mêlant design, numérique et hospitalité. Le témoignage du Théâtre de la Criée à Marseille avait ensuite illustré une démarche au long cours, fondée sur la transversalité des équipes, le travail par usages, l’appui d’expert·es extérieur·es et une mise en œuvre progressive.
Le deuxième café avait croisé les apports de Corinne Lefebvre, directrice et cofondatrice de la plateforme dédiée aux métiers de la billetterie et de l’accueil Bill-a sur l’évolution des espaces d’accueil, dans un contexte de forte numérisation des ventes et de réduction des effectifs, et l’exemple du Théâtre des Gémeaux, engagé dans une refonte profonde de ses espaces pour proposer une expérience globale, conviviale et accessible, au-delà de la seule représentation.
C’est dans ce contexte que s’inscrivait ce troisième café, résolument tourné vers des retours de terrain.
2) Le TAP : la phase de genèse
Pour le TAP, scène nationale de Grand Poitiers, le projet en est encore à ses débuts. Véronique Salmonie et Maud Anginieur ont présenté une genèse nourrie par les enseignements des cafés précédents.
L’enjeu de départ est clair : rouvrir symboliquement et concrètement un bâtiment qui, pour des raisons de sécurité, s’est peu à peu refermé sur lui-même. Là où autrefois les flux de passage traversaient naturellement le TAP, le public d’aujourd’hui s’y rend presque exclusivement pour une activité précise.
Premiers aménagements et usages
Sans transformation lourde, l’équipe a engagé une première étape d’aménagements légers dans le hall :
- un coin bibliothèque avec livres et CD en libre consultation,
- un espace puzzle, investi progressivement par les spectateur·rices,
- un point mobilité (horaires de bus, covoiturage, covélotage, copiétonnage),
- des panneaux de médiation présentant la programmation.
Ces dispositifs simples participent déjà à modifier les usages : on s’arrête, on attend, on feuillette, on échange.
Des actions culturelles ancrées dans les espaces
En parallèle, le TAP développe des actions culturelles pensées pour activer les lieux : midis sandwich, échauffements collectifs accessibles à tous, pratiques amateurs, rencontres hors salle, expositions temporaires, partenariats avec des associations de cuisine solidaire ou du champ social. Une attention particulière est portée à l’accessibilité et à l’inclusivité, avec notamment la traduction en LSF de certains temps, en lien avec une forte communauté sourde sur le territoire.
Un regard extérieur pour aller plus loin
Consciente des limites d’un regard uniquement interne, la direction a choisi de se faire accompagner par Sophie Druel, conseillère en aménagement, forte d’une longue expérience en accueil de théâtre. Son rôle : observer les usages, questionner les flux, aider à rendre les espaces plus lisibles, plus chaleureux et plus conviviaux, malgré des contraintes architecturales fortes et un budget limité. Le projet est encore en construction, mais les premières briques sont posées : expérimenter, observer, ajuster.
3) Mixt : l’aboutissement d’un projet
À Nantes, le contexte est tout autre. Mixt a ouvert ses portes il y a à peine un mois, mais le projet de lieu de vie est inscrit dans son ADN depuis l’origine. Né de la fusion du Grand T et de Musique et Danse en Loire-Atlantique, Mixt est présenté par Lydia Rodriguez et Emmanuelle Corson, comme un projet pensé dès l’origine comme un « théâtre dans un jardin ». L’équipement rassemble salles de spectacle, studios, bar-restaurant, espaces extérieurs, coursives et préaux.
Une longue phase d’expérimentation
Avant même l’ouverture, l’équipe a multiplié les tests à travers la méthode « Utopie avant travaux » : décloisonnement du hall, billetterie extérieure, concerts informels, kits à cabanes, pratiques amateurs, liens étroits entre programmation et restauration. Ces expérimentations ont nourri le projet architectural et les choix d’aménagement.
Des espaces pensés par l’usage
Mobilier modulable, assises déplaçables, bar mobile, attention portée à l’acoustique, scènes intégrées au restaurant : tout est conçu pour permettre des appropriations multiples, spontanées ou encadrées, par les publics. Les espaces extérieurs – préaux, jardin, belvédère – jouent un rôle central dans cette dynamique, accueillant aussi bien des événements festifs que des pratiques libres.
Un nouveau métier : animation du site
Avec l’ouverture de Mixt, un nouveau secteur a vu le jour : animation du site et lieu de vie. Sa mission : faire vivre les espaces non scéniques et diversifier les usages.
Trois axes structurent ce travail :
- Les pratiques sur site, libres ou accompagnées (danse, roller, ateliers, colos ados, chorale…),
- L’accueil d’initiatives citoyennes et associatives, en laissant volontairement du vide pour que des projets émergent,
- L’animation des temps forts et festivals, pour faire déborder la programmation dans l’ensemble du lieu.
Cette approche suppose une posture nouvelle : moins programmer, davantage accueillir, écouter et co-construire avec les habitant·es et les usager·es.
Présentation d’Emmanuelle Corson de Mixt
Pour conclure, à travers ces deux expériences très différentes, une conviction commune se dégage : faire d’un équipement culturel un lieu de vie est un travail de fond, inscrit dans le temps, qui repose autant sur l’aménagement que sur les usages, les équipes et la gouvernance. Qu’il s’agisse de petits gestes ou de grands projets architecturaux, l’hospitalité se construit par l’expérimentation, l’écoute des publics et la capacité à accepter l’imprévu.
Retrouvez la restitution des deux premiers rendez-vous
- Retrouvez la restitution du jeudi 16 octobre : une discussion à laquelle ont participé Wafa Ait Amer, consultante, et Raphaël Arnaud, responsable accueil-billetterie et Anne-Laure Correnson, responsable du pôle publics de La Criée, Théâtre National de Marseille.
- Retrouvez la restitution du jeudi 20 novembre : une discussion à laquelle ont participé Corinne Lefebvre, directrice et cofondatrice de la plateforme dédiée aux métiers de la billetterie et de l’accueil BILL-A, et le retour d’expérience de Florian Ribeiro, chargé de la billetterie et de l’hospitalité des Gémeaux, scène nationale de Sceaux.
