Colloque les 11 et 12 juillet
Article proposé pour l’agenda du TMNlab, co-écriture Juliette / Roxane
Que deviennent les données produites chaque saison par les théâtres, les opéras, les festivals ?
Programmes de salle, captations, photographies, courriels, sites web, réseaux sociaux, bases de données, disques durs d’artistes : ces traces constituent la mémoire vive du spectacle vivant, et pourtant, nombre de structures les effacent en fin de saison, les conservent sur des serveurs fragiles ou ne les versent pas toujours aux institutions patrimoniales.
Pour un art de l’éphémère, c’est une seconde disparition. Le titre du colloque le dit avec malice : « Erreur 404 » ou la page que l’on cherche n’existe plus.
C’est à cet enjeu qu’est consacré ce colloque inscrit dans la programmation officielle du 80e Festival d’Avignon, les samedi 11 et dimanche 12 juillet 2026 à la Salle des colloques du Cloître Saint-Louis (entrée libre), sous la direction scientifique de Clarisse Bardiot et Alexandra Beraldin (Université Rennes 2), dans le cadre du projet ERC From Stage to Data.
Chercheurs, archivistes, conservateurs, artistes et responsables d’institutions culturelles, parmi lesquelles l’INA, la BnF, l’Odéon ou la Comédie-Française, y dialogueront en tables rondes, entretiens, présentations de projets de recherche et conférences plénières, autour d’une question que Clarisse Bardiot résume d’une formule : comment faire en sorte que les données créées par les institutions culturelles puissent devenir des données historiques ?
Le projet From Stage to Data : réécrire l’histoire du théâtre à partir des données
Professeure des universités à Rennes 2 (laboratoire Arts : pratiques et poétiques) et chercheuse associée au CNRS, Clarisse Bardiot dirige le projet STAGE (From Stage to Data), financé par l’ERC (financement européen de la recherche) à hauteur de 2,5 millions d’euros sur cinq ans, jusqu’à fin 2028.
Son point de départ : les quelque 2 000 spectacles présentés au Festival d’Avignon depuis 1947. Son pari : au-delà de l’histoire écrite du point de vue des directions ou des études de publics, faire émerger une autre histoire du théâtre, celle des milliers d’artistes, de techniciennes et de techniciens, d’équipes administratives dont les programmes de salle gardent la trace.
L’équipe (une dizaine de personnes : ingénierie des données, développement, computer vision, doctorats) travaille sur trois fronts.
D’abord, l’extraction automatique de données structurées à partir des programmes de salle, grâce à une pipeline associant grands modèles de langage et ontologie : l’OCR y est désormais considéré comme un problème résolu (98 % de succès mesurés), et les résultats permettent de reconstituer réseaux de collaboration, tournées et carrières : ces « catalogues raisonnés » qui existent en histoire de l’art mais manquaient cruellement aux arts de la scène. Un article détaillant cette méthode paraîtra en septembre. Ensuite, l’analyse computationnelle des corpus visuels (photographies, captations) pour interroger les réminiscences esthétiques d’une œuvre à l’autre ou le poids d’un lieu comme la Cour d’honneur sur la mise en scène. Enfin, Arvest, un environnement interprétatif open source fondé sur le standard IIIF, qui permet d’annoter, de comparer et de relier des documents hétérogènes, et d’y mêler ses propres sources et les fonds patrimoniaux, Gallica en tête, sans les dupliquer. Une nouvelle version sera présentée pendant le Festival.
Ontologies, interopérabilité : des travaux qui croisent ceux du réseau
Ces recherches font directement écho aux chantiers menés par le TMNlab avec le ministère de la Culture sur la découvrabilité et l’interopérabilité des données du spectacle vivant, ainsi qu’aux expérimentations en cours autour de Techné et de CapData. Clarisse Bardiot pilote notamment, au sein de la communauté internationale LinkedArt (le modèle adopté par des centaines d’institutions muséales, du Getty à Yale), une extension dédiée aux arts de la scène, élaborée en groupe de travail ouvert et bientôt publiée. Une avancée précieuse pour un secteur qui, contrairement aux musées, ne dispose pas encore d’ontologie de référence stabilisée et un terrain concret pour la coexistence des modèles via des mappings documentés, y compris vers Schema.org.
Le colloque sera l’occasion de mettre autour de la même table institutions patrimoniales, lieux de création, chercheurs et ministère. Anne Le Gall, pour le TMNlab, y présentera Techné, l’expérimentation d’espace de données menée avec le GESTE. Les échanges seront enregistrés et les captations partagées.
Informations pratiques
Colloque « Erreur 404, Écrire l’histoire du Festival d’Avignon à partir de ses traces numériques » : samedi 11 et dimanche 12 juillet 2026, à partir de 9h30 (9h-13h30 / 14h30-18h), Salle des colloques – Cloître Saint-Louis, 20 rue du Portail Boquier, Avignon.
Entrée libre, dans la programmation officielle du 80e Festival d’Avignon
Présentation et programme : https://festival-avignon.com/index.php/fr/edition-2026/programmation/erreur-404-355945
Pour aller plus loin : les travaux de Clarisse Bardiot : https://perso.univ-rennes2.fr/clarisse.bardiot ; LinkedArt — https://linked.art
