Deuxième partie :
L’appropriation d’outils numériques par la création artistique et pour sa diffusion

Dans le cadre du festival « 3ème scène » / Opéra national de Paris, La Gaîté lyrique recevait en décembre 2017 une Rencontre professionnelle sur les stratégies de communication numérique. Nous en publions ici le compte-rendu détaillé – retrouvez la première partie en cliquant ici.

Animateurs des échanges :

  • Laurent Vinauger, Délégué à la danse, Direction générale de la création artistique (DGCA) du Ministère de la culture
  • Philippe Martin, directeur artistique de « 3èmescène » et directeur des Films Pelléas.

Intervenants :

  • Le collectif (La) Horde : Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel
  • Stelio Tzonis, chargé du volet numérique / Films Pelléas
  • Eli Commins, chargé des politiques numériques à la DGCA
  • Anne Le Gall, cofondatrice du TMNlab et directrice de la communication et du développement à l’Avant Seine / Théâtre de Colombes.

Créée en septembre 2015 par l’Opéra national de Paris, « 3e Scène » est une plateforme numérique invitant des artistes de tous horizons à s’exprimer dans des genres différents : fictions, documentaires, animations… 3e Scène offre ainsi la possibilité à des artistes dont les disciplines ne sont a priori pas associées à l’opéra – cinéastes, plasticiens, illustrateurs, écrivains… – de réaliser une œuvre en lien avec l’univers lyrique et chorégraphique. A travers cette scène digitale, il s’agit pour l’Opéra national de Paris de multiplier les passerelles artistiques et de tisser un lien singulier avec des publics. 3e Scène a donc bien été pensée par l’Opéra comme un outil de création (passer commande à des artistes) et non comme un outil de communication.

« C’est vraiment une carte blanche de créativité » Philippe Martin, directeur de 3e Scène et des Films Pelléas 

Le projet, confié à la direction artistique des Films Pélléas (Philippe Martin et Dimitri Krassoulia), dispose d’un budget de 550 k€ et produit un film par mois.  Depuis sa création, 63 films ont ainsi été réalisés.

Leur ambition tient à cet équilibre : comment faire pour que ces films soient vus tout en conservant des choix artistiques détachés de cette question ?

Or, si 3e Scène dispose d’un certain nombre de données sur le visionnage des films par le biais des outils de l’Opéra, la plateforme fait face aux difficultés déjà évoquées pour analyser les retours des publics sur ces films.

« Chaque film est un projet en soi, avec un public « naturel » et un public potentiel : comment le découvrir ? »  Stelio Tzonis

3e Scène a donc décidé de s’engager pleinement dans cette voie en recrutant une personne spécifiquement dédiée à l’analyse des données sur les publics des films.

Autre exemple de création à dimension numérique, le projet « To da bone » du collectif (la) Horde. Intéressé par les tutoriels de danse, le collectif découvre le « jumpstyle », une danse qui s’est développée sur les plateformes de vidéo en ligne. Après l’avoir étudié, le collectif propose à des étudiants en danse contemporaine de Montréal de se saisir de cette pratique. (La) Horde entre ensuite directement en contact avec des pratiquants du « jumpstyle » et leur propose de travailler à un projet de forme pour plateau et à un documentaire.

« Ce n’est pas du virtuel, c’est une extension du réel. On est face à une pratique off line et on line.» Arthur Harel, collectif (la) Horde

 A travers ce projet, le collectif porte un regard moins technologique que politique et sociologique sur le net. Il se questionne notamment sur la représentation du corps, mais aussi sur la question de la transmission dans une pratique où les gestes deviennent viraux et où le rapport maître-élèves traditionnel n’existe pas.

Ce travail porte une réflexion sur l’accès de ceux qui ont une pratique artistique et culturelle via internet à la création artistique sur plateau. Comment des jeunes entre 18 et 25 ans issus de milieux éloignés de la culture se saisissent de la danse pour exprimer leur vision parfois « inquiétante » mais aussi « lumineuse » de la société ?

(La) Horde travaille actuellement avec la Gaîté lyrique à développer une plateforme permettant le recensement et la désignation des mouvements des « danses post-internet ». Des questions relatives à la récupération et l’appropriation, à la propriété du geste, à l’absence d’autorité sur internet seront portées dans un prochain cycle de conférence à la Gaîté lyrique.

L’État soutient les initiatives numériques

Le ministère de la Culture, et plus largement l’État, souhaite favoriser ces initiatives.

La Délégation à la danse a désiré impulser une dynamique sur l’image et le numérique en danse au-delà des questions de numérisation. De nombreuses rencontres avec différents acteurs l’ont conduite à constater un « angle mort » dans les dispositifs d’aide existant pour les films de danse. Une expérimentation a donc été mise en place en 2017 avec le soutien à la production de 12 films de nature et d’ampleur très divers: des films de création mais également des documentaires portant la trace d’un processus spécifique de création ou de rencontre avec des publics. Le montant de ce soutien s’échelonne entre 5000 € et 27 000 € pour un total de 170 000 € consacrés à ce projet. La Délégation à la danse s’est également interrogée sur la nécessaire articulation entre soutien à la production et soutien à la diffusion de ces films. Cette réflexion est partagée lors d’une rencontre avec l’équipe de 3e Scène qui évoque ses propres interrogations sur les outils permettant de partager les films créés dans ce cadre avec un plus large public, et d’abord, sur les moyens de connaître le public actuel de 3e Scène. Ces échanges sur l’analyse des publics font naître l’idée de mettre en partage ces réflexions dans le cadre d’une rencontre ouverte à tous les équipements du spectacle vivant labellisés par le ministère de la culture. Pour 2018, la perspective consiste à prolonger ces actions sur le soutien à la production et à la diffusion des films de danse et sur le partage de la réflexion et l’accompagnement éventuel des équipements chorégraphiques sur leurs stratégies de communication numérique.

La DGCA, par le biais d’ Eli Commins est au service des structures pour les aider à construire leur stratégie numérique et pour les orienter dans les dispositifs de financement.
Il existe deux dispositifs principaux de soutien à l’innovation et à la création numérique:

  • Le DICRéAM, géré par le Centre national du Cinéma, apporte une aide aux projets artistiques numériques et multimédia et une aide à la diffusion pour des festivals ou des expositions
  • L’appel à projets Services Numériques Innovants, administré par le secrétariat général du ministère, permet de soutenir l’innovation des services numériques. Par exemple, les lunettes de traduction personnalisée réalisées par Panthea / Theatre In Paris, testées et développées dans le cadre du festival d’Avignon permettent de choisir la langue de son choix, ou une transcription pour les personnes déficientes auditives. Le texte traduit apparaît dans les lunettes, en transparence par rapport à la scène qui est normalement visible.

De nouvelles actions sont envisagées:

  • Un soutien aux écritures immersives (réalité virtuelle et réalité augmentée)
  • Une refonte du Fonds d’encouragement des initiatives en amateur par le biais d’une plateforme numérique.

Par ailleurs, le Programme d’Investissements d’Avenir (PIA), piloté par le commissariat général à l’Investissement, a été mis en place par l’Etat pour financer des investissements innovants d’ampleur, avec un principe de co-financement pour chaque projet.

***

Les perspectives que la Délégation à la danse souhaite ouvrir en 2018 suite à cette rencontre se porte sur deux axes principaux :

  • Une collaboration avec les Films Pelléas /3e Scène pour un travail d’observation et d’accompagnement d’une sélection de structures chorégraphiques sur l’analyse de leurs outils de communication numérique et de leurs données, dans une perspective de meilleure connaissance et d’élargissement des publics
  • La poursuite du soutien à la production de films de danse, l’accompagnement de temps de diffusion de films de danse et une prochaine rencontre professionnelle dans le cadre de la Biennale de la danse en septembre 2018.
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