Le 15 juin 2015 à l’Avant Seine / Théâtre de Colombes, dans le cadre de Futur en Seine 2015, nous recevions Pascal Desfarges pour une rencontre TMNlab autour de la place de l’institution théâtrale au sein de la ville en mutation, la smart city en devenir. Retrouvez ici la restitution de cette conférence et des échanges avec les participants.

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À l’heure de l’essor des smart city, villes numériques développant l’idée d’une ville intelligente, les territoires se transforment. De nouveaux lieux intermédiaires et hybrides émergent, directement issus des cultures numériques. Espaces collaboratifs et partagés, ils favorisent le lien social et l’innovation, l’autonomie et la co-construction de savoirs partagés comme de pratiques citoyennes au cœur de l’espace urbain. Quelles sont les théories développées autour des notions de smart city ou ville intelligente ? Comment les institutions culturelles peuvent-elle se positionner dans ces territoires en mutation à l’ère numérique ? Les théâtres peuvent-ils s’affirmer comme territoire de proximité et agora collaborative au service des citoyens ?

Directeur de l’agence Retiss, Pascal Desfarges accompagne depuis 15 ans les structures culturelles, collectivités territoriales et médias, dans une démarche résolument transdisciplinaire autour des usages et enjeux des technologies émergentes. Il concentre aujourd’hui sa réflexion autour de la société collaborative, des cultures et territoires numériques et de l’innovation sociale par les usages.

Théâtre et Smart City : repenser la place du lieu théâtral à l’heure de la ville collaborative

Introduction :
Grégoire Lefebvre, directeur de l’Avant Seine / Théâtre de Colombes
Anne Le Gall, directrice de la communication et du développement de l’Avant Seine / Théâtre de Colombes et animatrice TMNlab
Pascal Desfarges, intervenant, agence Retiss

Le slideshare de la conférence de Pascal Desfarges / Retiss

Écouter la conférence et les interventions

Vous pouvez suivre ce slideshare en écoutant l’intervention de Pascal Desfarges et celles du public, scindée en trois parties.

Avertissement : malheureusement le confort d’écoute n’est pas au rendez-vous puisque pour cette rencontre nous n’avons pu enregistrer que le son d’ambiance.

Notes de compte-rendu
et pistes de lecture

Le lieu théâtral comme espace politique sur un territoire :
Bref rappel historique : les changements de civilisation de l’agora grecque à la smart city

La smart city : une ville cybernétique qui questionne la place du lieu théâtral :
Quelques notions : smart city, big data, réalité augmentée, technologie immersive, hybridation du réel et du virtuel, technologies nomades, objets connectés… et limites pour la vie privée.
La ville qui capte : un écosystème d’information en temps réel géré par les algorithmes (trafic routier, flux humains, données publiques, sociales, privées…), de la société de coercition (Foucault) à une société de contrôle (Deleuze)

Société collaborative et distribuée : la médiation numérique au cœur des enjeux
De la ville intelligente à l’intelligence de la ville, la ville collaborative
Le changement de civilisation : nous sommes dans une phase de transition entre ancienne et nouvelle civilisation
Construction du réseau territorial : d’un schéma centralisé (hiérarchisé) à un modèle peer-to-peer (collaboratif)
Deux exemples de modèles pear-to-pear : LeBonCoin vs les salles de ventes aux enchères, Wikipédia vs Universalis (notion « la naissance du livre infini, qui ne se termine jamais » de Borgès prend vie), etc.
Vers une émancipation citoyenne : le fonctionnement du pouvoir est en train de changer radicalement

Partager le savoir et coproduire entre pairs
Quelques références
Mutations des valeurs
Construire un socle de biens communs
Open model, open data, open science… la culture de l’open source
Citizen empowerment, le pouvoir d’agir (hackathon, museomix, biblioremix, hack the city…)

La nouvelle économie de l’innovation
La culture des ‘lab : tout est ‘lab (dont le TMNlab !), dans une idéologie de l’innovation, une culture de l’expérimentation parfois récupérée (ex : Monop’ lab)
Émergence d’espaces d’innovation (fablab, hackerspace…) : vers des lieux hybrides et partagés dans un contexte de raréfaction des lieux de sociabilité et d’éloignement des lieux de vie
La notion de tiers-lieu (inventée par Ray Oldenburg dans les années 1980)
> les médiathèques, les musées, les théâtres peuvent repenser leur espace ? mais aussi les EPN (espaces publics numériques) qui ont tendance à fermer s’ils n’évoluent pas.

Notions de culture du prototype, ère des makers
Philosophie de la brique, de l’assemblage, de DIY (fais le toi même) : très vive en Europe du Nord (Kapla, Lego, Linux, Ikea, Minecraft…)
La révolution de l’imprimante 3D (industriel, BTP, médical, mais aussi application expérimentation citoyenne, culture du prototype)

Lire :
Etienne Delprat, Le Système DIY
Richard Sennett, Ce que sait la main
Chris Anderson, Makers : La nouvelle révolution industrielle

Le théâtre peut-il être un tiers lieux ?
Repenser/scénographier les espaces d’accueil et l’ouverture sur la ville
Être un espace partagé et créer des ambiances communes
Recréer de la rencontre et de la coconstruction citoyenne (design social : coconstruire la vie sociale, les équipements avec les habitants)

Exemple :
Le projet de la Médiathèque de Lezoux

Le spectateur-citadin, producteur de savoirs
Crowdsourcing : le tiers lieu comme point de synergie
Retrouver une fonction d’agora citoyenne
Développer le sentiment d’appartenance au territoire, de cohérence sociale, de proximité.
La médiation est l’essence de la société collaborative, la technologie n’est que l’outil.

Exemple : l’espace d’accueil du théâtre
> la centralité de la borne d’accueil, la barrière symbolique de la porte du théâtre
> vers une autre notion ramifiée : contributeurs, partage, modularité ?
> renvoie à la hiérarchisation intrinsèque au secteur théâtral (côté création et côté gestion des institutions), une évolution est-elle en cours ?

Exemple :
Le Théâtre des négociations au Théâtre Nanterre-Amandiers

Clôture : dialogue avec les participants

La place du sachant : la collaboration du citoyen fragilise l’expert
Le dialogue entre les savoirs experts et les savoirs citoyens reste à inventer.
Peur de la vulgarisation par le spectateur.

La place primordiale de l’éducation : apprendre l’usage, apprendre les enjeux
Les générations connectées, très agiles, sont parfois les plus victimes de l’ère numérique
Nécessité d’une médiation numérique, révolution des apprentissages et pédagogie inversée

La place de la recommandation : qui recommande ? qui communique ?
La recommandation ne peut plus venir seulement de l’institution.
La recommandation se fait en peer-to-peer (amis, réseaux).
L’institution doit libérer de la données, des corpus d’informations, pour nourrir les publics.

Ère de la gamification, des jeux sérieux.
Tweet-class : Utilisation des codes (jeux, fragmentation de l’information) des jeunes pour leur apprendre et interagir. Documentariser en continu le flux d’information. Valorisation des enfants, amélioration de l’apprentissage. Voir aussi twictée.

Et la place de la scène ? Quel évolution dans le rapport du public à l’artiste ?
Pascal Desfarges interroge le culte du silence dans la salle.
Comment des individus ultra-connectés, capables de gérer plusieurs flux d’informations en simultané, peuvent accepter la déconnexion exigée au théâtre ? La communication passe par la captation et le partage par le spectateur.
Et quelle cohabitation entre les spectateurs ? Le théâtre est-il un lieu intergénérationnel ?

Fin de la séance. Pause avant reprise en format atelier.