On parle souvent des jeunes comme du « public de demain ». Une expression que Pierre-François Mion, directeur marketing, expérience client et partenariats à la Maison Théâtre à Montréal, refuse.
Pour lui, les jeunes sont déjà des spectateurs à part entière. Ils ont leurs goûts, leurs attentes, leurs émotions et leur propre manière de recevoir une œuvre — parfois très différente de celle de l’adulte qui les accompagne.
Dans ce nouvel épisode de Nada to Data, nous avons parlé de théâtre jeune public, mais surtout de ce que cela implique de construire une relation avec un public très particulier : celui qui vit l’expérience n’est pas toujours celui qui choisit le spectacle, ni celui qui achète le billet.
Enfants, parents, enseignants : à qui parle-t-on ?
C’est toute la complexité du jeune public.
Dans le cadre scolaire, le choix appartient généralement à l’enseignant, avec des objectifs pédagogiques et des contraintes d’organisation. Dans le cadre familial, les mécanismes sont différents : le parent peut choisir la sortie, la proposer à son enfant ou chercher ce qui correspond à ses goûts.
Une même programmation s’adresse donc à plusieurs personnes qui n’ont ni le même rôle dans la décision, ni les mêmes attentes.
Et une fois dans la salle, l’enfant vit sa propre expérience. Pierre-François raconte combien les réactions des jeunes peuvent différer de celles des adultes : un détail, une musique ou un personnage peut prendre une importance que le parent n’avait absolument pas perçue.
Considérer les jeunes comme un public à part entière, c’est aussi reconnaître que leur lecture de l’œuvre leur appartient.
Le véritable défi : les faire revenir
Cette connaissance des publics devient particulièrement intéressante lorsqu’on parle de fidélisation.
Pour Pierre-François, provoquer une première visite n’est pas nécessairement le plus difficile. La curiosité ou l’envie de tester une nouvelle activité peuvent suffire.
Le véritable défi arrive ensuite : faire revenir.
Une première expérience peut être imparfaite. L’enfant n’a pas accroché à cette pièce, il a été impressionné par la salle, il s’est agité… et le parent peut rapidement en conclure que le théâtre n’est peut-être pas pour lui.
Or, ne pas aimer un spectacle ne signifie pas ne pas aimer le théâtre.
C’est pourquoi Pierre-François considère la deuxième visite comme « structurante ». L’enfant connaît davantage les codes, gagne progressivement en autonomie comme spectateur et peut vivre l’expérience différemment.
Une réflexion qui pose une question intéressante à tous les lieux culturels : que faisons-nous entre une première expérience et la suivante ?
La médiation comme parcours spectateur
À la Maison Théâtre, une partie de la réponse passe par la médiation.
Et celle-ci commence bien avant l’entrée dans la salle.
Regarder l’affiche avec un enfant, s’interroger sur le titre, imaginer ce que raconte une image : la relation avec l’œuvre est déjà en train de se construire.
La Maison Théâtre poursuit cet accompagnement autour et après la représentation, auprès des familles comme des groupes scolaires. L’objectif n’est pas de dire aux jeunes ce qu’ils doivent penser d’une œuvre, mais de leur donner des outils pour vivre l’expérience, exprimer ce qu’ils ont ressenti et développer progressivement leur propre regard de spectateur.
En écoutant Pierre-François décrire cette « boucle d’accompagnement », difficile de ne pas y voir un véritable parcours spectateur : avant, pendant et après la représentation.
La médiation participe alors autant à la rencontre avec l’œuvre qu’à la relation avec le lieu. Elle donne des repères, réduit certains freins et accompagne progressivement le jeune vers davantage d’autonomie dans sa pratique culturelle.
Dans cet épisode, nous parlons de jeune public, de fréquentation, de fidélisation, de médiation et de parcours spectateur, avec une question en fil rouge : comment créer l’envie de spectacle auprès des enfants, des parents et des enseignants ?
🎧 Écouter l’épisode de Nada to Data avec Pierre-François Mion : Jeune public : enfants, parents, enseignants… comment créer l’envie de spectacle ?
