En 15 ans le numérique a bouleversé, entre autres, le rapport des jeunes au temps et à l’espace privé. La définition même de la culture et son mode d’accès se sont transformés. L’offre culturelle est parfois questionnée de façon brutale par le public « jeune ». Une remise en cause qui se manifeste notamment par une indifférence vis-à-vis des prescriptions des institutions culturelles, voire par un simple désintérêt. Dans ce contexte, comment prendre la mesure des nouvelles représentations du monde et des nouvelles pratiques culturelles liées au numérique ? Comment déconstruire, aussi, les idées reçues ?
Lors des échanges au sein du groupe Médiations numériques, les travaux et réflexions de Benoît Labourdette, sont apparues comme une ressource riche à interroger. Nous l’avons reçu jeudi 9 mars 2023 lors d’un Café TMNlab.
« Le numérique ne constitue pas un sujet (…) qui mériterait qu’on se positionne «pour» ou «contre» »
Benoît Labourdette
Retrouvez également sur notre site un portrait de Benoît Labourdette publié quelques jours auparavant.
Compte-rendu
Benoît Labourdette est un professionnel engagé dont les projets intègrent une dynamique d’inclusivité, notamment en cherchant à développer et à comprendre la relation que les jeunes entretiennent avec les nouvelles technologies et la culture artistique. En effet, selon le chercheur, depuis le début des années 2000, le développement des nouvelles technologies ont permis de faire émerger une diversité de faits sociaux qui nous imposent de nous demander : qu’est-ce qu’on en fait ? Un déterminisme social que nous avons exploré sous le prisme des problématiques que fait émerger l’existence d’un public « jeune » et « digital native »...
Ce rendez-vous nous a permis d’explorer, non seulement une diversité d’enjeux et de problématiques, mais également, de faire émerger des pistes de travail.
Comment le numérique peut-il aider à élargir l’accès à la culture artistique pour les jeunes, en particulier ceux qui sont défavorisés ou éloignés des centres culturels ?
- En développant une vision pluridisciplinaire engagée faisant fit des stéréotypes : “Ce qui se passe dans les nouvelles technologies n’est pas un ersatz , il n’y a pas à juger ce genre de chose. (…) Je crois que regarder un film sur son téléphone est une expérience extraordinaire”
La culture est un fait anthropologique et c’est à cela que semble lié l’engagement du chercheur car ce dernier nous amène à penser aux rapports qu’entretiennent les externalités d’une culture empreinte d’hybridité et les enjeux politiques du bien commun.
En effet, la promotion de l’innovation numérique, l’expérimentation et la collaboration dans la création hybride, et l’engagement en faveur d’une approche démocratique et participative de la culture sont les maîtres mots du discours qui sous-tendent la pratique pluridisciplinaire et expérimentale du chercheur Benoît Labourdette vis-à-vis des publics “jeunes” du numérique.
Cette approche naît notamment d’une volonté de contrer le stéréotype selon lequel les nouvelles technologies ne possèdent que des externalités négatives allant de paire avec un impact aliénant sur ses utilisateurs. Or, Benoît Labourdette encourage la co-création par l’intermédiaire des ces “outils” en nous proposant de nous les approprier tels des supports de travail et d’expression. En impliquant le public “jeune” dans la création de contenus audiovisuels, Benoît Labourdette nous invite à briser les barrières préétablies entre créateur et spectateur, mais également à transformer la technologie en un outil de communication et d’échange plutôt qu’en un moyen de divertissement aliénant.
En favorisant une approche pluridisciplinaire, Benoît Labourdette combine des approches artistiques, pédagogiques et scientifiques pour créer des œuvres audiovisuelles innovantes et expérimentales. Ce positionnement permet également une ouverture vers un autre champ des possibles de la création : un espace où s’expriment de nouveaux formats, techniques et visions de la création tout en permettant de repenser la manière dont nous appréhendons la technologie ainsi que d’inviter à démocratisation sociale du culturel.
Quel est le rôle des pédagogues dans la construction d’une culture artistique du public “jeune” ? Comment encourager la participation active et la collaboration de ce public dans la création et la promotion de la culture artistique numérique ? Comment favoriser la diversité et l’inclusion de ce public dans la culture artistique numérique ?
- Adopter une posture engagée en faveur des droits culturels, développer la créativité et la pensée critique du public “jeune”.
La posture promue par Benoît Labourdette, aussi bien sur les plans artistique que pédagogique, assure la pérennité d’un lien de transmission d’une culture commune de l’art : “En alliant compétences et capacité d’échange (les formations soutiennent) l’accompagnement des politiques publiques (collectivités et structures).”
A ce titre, le programme de formation “Culture jeunesse et numérique« , développé par l’Observatoire des politiques culturelles (OPC) en partenariat avec Benoît Labourdette, vise à aider les professionnels de la culture à comprendre les enjeux du numérique dans leur pratique quotidienne et à intégrer les nouveaux outils numériques dans leurs projets artistiques afin de réinstaurer un dialogue entre création artistique traditionnelle et public “jeune”. Cette formation s’adresse donc aux médiateurs culturels, enseignants, artistes, (…).
La formation se compose de plusieurs modules pédagogiques progressifs (connaissance, méthode, évaluation), abordant une diversité de sujets tels que : l’éducation aux NT, la création numérique, la culture participative, la médiation culturelle, (…). Les participants sont également invités à mettre en pratique les connaissances acquises, en développant des projets numériques en lien avec leur pratique professionnelle mais aussi à développer un avis critique (opposition de contribution, synthèse, remarques ou désaccord) en lien avec ce passage théorico-pratique, en participant notamment à un travail d’ “écriture collaborative”: “ Je crois que quand on participe à des formations (…) il y a tous les moments informels qui sont tout aussi instructifs que les échanges classiques”.
La « Formation culture jeunesse et numérique » prend la forme de sessions de formation en ligne. Lors du Café TMNlab, il partage un espace de travail construits avec les participants.
En vertu de cette ouverture démocratique engagée, la formation « culture jeunesse et numérique » démontre son engagement en faveur des droits culturels car ce stage participe à l’encapacitation professionnelle et facilite la démocratisation des contenus numériques. En effet, les droits culturels sous-tendent un principe fondamental d’accessibilité, invitant chaque individu à exercer sa citoyenneté contribuant personnellement à la production culturelle et en profitant des avantages sociologiques de l’accès à la culture. En se servant d’outils numériques pour encourager la participation culturelle, les professionnels de l’éducation peuvent aider à briser les barrières socio-économiques et géographiques qu’impose la fracture numérique.
Ainsi, selon Benoît Labourdette, la création hybride nécessite une approche pluridisciplinaire et collaborative qui combine compétences et connaissances de chacun dans le but de créer des œuvres innovantes et originales. En encourageant la participation culturelle et la co-création à travers les outils numériques, le chercheur entend doter la création de nouvelles impulsions par la simple acceptation de l’innovation et en brisant les barrières socio-économiques et géographiques.
“Ma préoccupation est de pouvoir proposer des solutions au travers desquelles on peut garder contact”
Benoît Labourdette
Telles sont donc les principales opportunités que nous offre la domestication de cet espace hybride par la culture; Une “fuite en avant” rendant possible l’hybridation de la culture et l’attraction d’un public “jeune” de par l’encouragement des professionnels de la culture et de la jeunesse à se rencontrer autour de projets culturels numériques communs, de par l’encapacitation des professionnels du secteur culturel et l’appropriation des NT par leurs publics.
