Restitution Café TMNlab #3 / Entretenir le lien avec les publics.

Quels outils ? Quelles idées ? Comment penser des dispositifs numériques qui s’ancrent dans nos lieux ? Quand passe-t-on de communication à médiation ? Quelle évaluation possible ?

Nous ouvrons cette discussion avec Guillaume Schmitt, responsable de la communication et du mécénat au Manège – scène nationale à Reims.

Puis interviendront Laurine Gandubert, chargée de communication et Fleur Palazzeschi, chargée des relations avec les publics étudiants et du champ social au Théâtre national de la Colline.

Café TMNlab #3 audio

Retour d’expérience du Manège

« Ces expériences ont été un important facteur de cohésion entre publics, artistes et au sein de l’équipe du Manège. L’un des aspects intéressants est qu’en ayant été relayé par les communautés [des artistes] on a aussi pu toucher un public géographiquement différent. »
Guillaume Schmitt

  • Cartes postales d’artistes. Pendant le premier confinement, des artistes de la saison 19/20 du Manège dont les spectacles ont été annulés ont proposé au public des « cartes postales » vidéos à voir chez soi. 9 compagnies parmi celles programmées au printemps ont répondu à cette initiative, notamment Luna Rousseau et Nathan Israël de la compagnie Le Jardin des délices.
  • Miroirs de saison. Le Manège a invité les spectateurs à rendre hommage aux artistes qu’ils ont vus ou auraient aimé voir sur scène cette saison. La règle de ce jeu initié sur Instagram : choisir une image de la brochure à recréer chez soi. Ce jeu digital a donné lieu à une exposition sur les grilles du Manège lors du déconfinement.
  • Les Yeux d’Argos. Ce collectif est à l’origine d’un projet participatif où le public est appelé à « faire don de son corps » en se filmant ou photographiant sur fond noir pour nourrir un « grand paysage vidéo contemplatif où chacun prend sa place parmi les autres » baptisé No one is an Island.
  • FESTIVAL BORN TO BE A LIVE (3-14 novembre). Le festival étant annulé, les cinq équipes artistiques au programme ont profité des plateaux du Manège pendant le confinement. À la date où devait avoir lieu la représentation, le vidéaste rémois Romu Ducros a réalisé une captation de chaque spectacle afin de permettre aux artistes de la diffuser aux professionnels.
  • Le Corps des songes. L’artiste Nosfell, programmé le 12 novembre dans le cadre de ce festival, a proposé de jouer son spectacle depuis le cirque du Manège en livestream sur Youtube et Facebook.
  • Le Secret, le cabaret de Jérôme Marin également programmé dans le cadre de ce festival, a été annulé. Mais le Manège a maintenu la conférence qui devait accompagner ce spectacle : « Naissance du cabaret« . Diffusée sur Facebook, cette conférence était proposée en partenariat avec le campus de Sciences Po à Reims.
  • #21MOUVEMENTS : un jeu chorégraphique en ligne, imaginé par Nina Vallon et le service des relations avec le public du Manège. Nina Vallon, chorégraphe, partage avec le public 20 pas issus de sa dernière pièce The world was on fire : au public d’interpréter la chorégraphie et d’inventer le 21e mouvement. Les vidéos seront publiées sur les réseaux sociaux et le site du Manège.

Retour d’expérience de La Colline

Les poissons pilotes : premier confinement

« Si la santé est aujourd’hui le grand requin blanc se battant contre la maladie, qui sont alors les petits poissons pilotes qui accompagnent les squales ? Nous sommes peut-être ces petits poissons pilotes…« 
Wajdi Mouawad, dans un éditorial signé du 17 mars 2020.

  • Le journal de confinement, projet phare des poissons pilotes. Du 16 mars au 20 avril 2020, Wajdi Mouawad a tenu quotidiennement son journal de confinement. Ces enregistrements sont disponibles sur SoundCloud et Spotify (avec lequel La Colline a noué un partenariat).
  • De ma fenêtre. Ce projet participatif invitait les publics confinés à poster sur Instagram la vue depuis leur fenêtre.
  • Au creux de l’oreille. Du 16 mars au 7 mai, 250 artistes investis bénévolement dans cette initiative ont offert au téléphone des lectures (poésie, théâtre, littérature, musique). Ce projet a également été mené avec différents partenaires de l’équipe des relations publiques du théâtre (écoles, associations du champ social, maisons de retraite).

Le fil d’Ariane : deuxième confinement

« Depuis toujours, la parole est le fil qui relie celui qui s’engage dans le cœur de son récit. Et comme nous avons donné à ce second confinement la configuration d’un labyrinthe, nous vous proposons de vous y engager avec la parole d’artistes et de spectateurs comme fil d’Ariane. [..] il s’agit de faire de La Colline un métier à tisser engagé contre nos déchirures.« 
Wajdi Mouawad, dans un éditorial signé du 19 novembre 2020.

  • Papiers Brodés : « recoudre le lien que la terreur cherche à défaire« . Chaque participant reçoit par voie postale un mot à broder dessiné par le graphiste Pierre di Sciullo, accompagné d’un fil de coton, d’une aiguille et du mode d’emploi. Les 200 premiers brodeurs et brodeuses volontaires seront invités au théâtre pour assembler chaque mot et faire apparaître le texte collectivement.
  • Cadavre exquis : « tisser un récit fictionnel en vidéo, où chacun, qu’il soit artiste ou spectateur, en serait l’auteur« . La chaîne, composée d’une vidéo par participant, est soumise à la règle suivante : poursuivre l’histoire à partir de la dernière image de son prédécesseur. Elle est diffusée sur les réseaux sociaux et YouTube.
  • Bouche-à-oreille : « récit mobile« , par téléphone. Il s’agit de faire circuler une histoire inventée par Wajdi Mouawad, de bouche-à-oreille, téléphonée à un premier interlocuteur, puis à un deuxième, etc. (qu’il soit spectateur ou artiste), jusqu’à la réouverture du théâtre pour découvrir le récit final restitué par le dernier maillon de la chaîne, en public.

Le CIAM inverse la relation entre artistes et spectateurs

Chloé Béron, directrice et co-fondatrice du Centre International des Arts en Mouvement (CIAM) à Aix-en-Provence a également partagé son expérience.

Lors du deuxième confinement, le CIAM a mis en place des ateliers sur Zoom pour enseigner les arts du cirque à distance, en montant un studio permettant de transmettre cet enseignement à risque.

Autre initiative, plus récente : le CIAM a proposé à ses publics de « renvoyer aux artistes ce qu’ils ont reçu d’eux cet été ».

Contactés par écrit, les spectateurs ont été sensibilisés à la situation des artistes « dont certains envisagent de quitter le métier ». Aussi, le CIAM leur a proposé d’adresser ce qu’il appelle des « colis de bonnes ondes » au quarante-et-une compagnies programmées durant l’été 2020. L’initiative a porté ses fruits ; courriels, courriers, dessins, photographies, objets, dons ont été envoyés par les spectateurs pour les artistes. « Certains se sont déplacés au CIAM pour s’assurer que le contenu des colis ne soit pas endommagé par la poste. »

Quarante et un colis de Noël sont partis à destination des compagnies et artistes.

Une « marge heureuse » dans le domaine des arts scéniques

Enfin, Julien Daillère, auteur, comédien, metteur en scène, docteur en arts du spectacle nous a présenté La Marge Heureuse.

Après notre rendez-vous, Julien Daillère a précisé l’origine de ce projet : « Les outils des équipes de médiation, communication et RP offrent aux artistes de spectacle vivant des possibilités d’extension de leurs œuvres au-delà des plateaux, en amont, pendant et en aval des temps de représentation. Les récentes expérimentations artistiques liées au contexte sanitaire en ont donné différents exemples. Les frontières entre stage, back stage et back office s’estompent et donnent l’opportunité de créer des œuvres hybrides, entre présentiel et distanciel, en multicanal et interactives.« 

Le programme de recherche « Avoir Lieu » porté par La Marge Heureuse, à la fois théorique et pratique, vise à poursuivre la recherche engagée – pour un partage d’expérience horizontal (entre les équipes artistiques et techniques, les équipes des lieux de spectacle) comme vertical (centres de décision des politiques culturelles).

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