En janvier dernier, L’Odéon proposait Richard 3.0, projet d’e-médiation hors norme en partenariat avec Thomas Jolly et différentes écoles prestigieuses sur la création de systèmes d’immersion sensorielles liées au numérique. Un projet ambitieux tout comme sa position sur le numérique dans les structures de théâtre de manière générale qui permet de rayonner autrement. Interview de Fanny Gauthier, Chargée des relations avec le public, visites et réseaux sociaux.

Par Rossana Di Vincenzo

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Richard 3.0 créé en collaboration avec la compagnie de Thomas Jolly, l’école 42, l’Ecole de Condé et l’Ecole supérieure du Digital sur les représentations de “Richard III” en janvier dernier a fait figure de projet hors-norme, où pour lequel le théâtre a vraiment inclus le numérique, quel Bilan en avez-vous tiré ?

Richard 3.0 c’est avant tout la réunion de plusieurs écoles, et d’un artiste. Cela faisait longtemps qu’on voulait travailler avec L’Ecole de Condé, on les a rencontré et on a voulu monter quelque chose qui allait regrouper les étudiants et le numérique. L’Ecole 42 et l’Ecole Supérieure du Digital se sont joints à nous. L’idée était de créer des dispositifs d’immersion sensorielle autour du spectacle, Richard III de Thomas Jolly qui en tant que metteur en scène est déjà très sensible à toutes ces questions là. Ca paraissait évident de faire ça avec lui. Par ailleurs je travaillais aussi avec Thomas sur le contenaire (R3M3) qui allait accompagncr le spectacle dans lequel se trouvait la chambre de Richard III donc tout ça était très lié. Tout s’est donc créé en même temps. Les étudiants ont travaillé sur la création des différents dispositif et très vite on a organisé des rencontre avec Thomas et son équipe pour étoffer l’univers autour du spectacle qu’ils n’avaient pas vu. Six projets sont ressortis*, ils devaient rester des projets mais on s’est dit qu’il fallait les concrétiser. Ca s’est décidé fin octobre et le spectacle commençait en janvier. On a eu très peu de temps, c’est pour ça qu’on a appelé ce projet un projet pilote, tout était nouveau, tout était à faire.

*création du parfum Richard III par les étudiants de l’école du Parfum, création des affiches et dispoitifs de jeux de lumières et théâtralisation par les étudiants de l’Ecole de Condé et création technique et mécanique par les élèves de l’Ecole 42 et articles sur le processus et l’avancement de la création des étudiants postés sur les réseaux sociaux par les étudiants de l’Ecole Supérieure du Digitale.

Comment s’est déroulée la collaboration avec les étudiants ?

Les étudiants se sont vraiment emparés du projet à partir du moment où ils ont rencontré Thomas.
Ca a été déterminant. Tout d’un coup Richard III devenait quelqu’un de « Hype ». Ils se sont emparés du personnage, de l’univers, ils ont proposé énormément de choses, plus que ce qu’on avait imaginé. Pour certains, on était face à des étudiants absolument pas concernés par le théâtre et au final ils sont devenus de vrais relais pour la pièce. Certains sont venus trois ou quatre fois, ont emmené leurs amis, leurs famille. C’était formidable.

Le projet numérique est devenu un projet humain, a-t-il surpassé les objectifs que vous aviez définis au départ ?

J’ai appelé ça un projet d’ « e-médiation », car ça alliait vraiment les deux, l’humain et le numérique. L’objectif premier était de faire venir au théâtre des étudiants qui n’y connaissent rien et qui en avaient peur, en ce sens c’était une vraie réussite. Grâce à ses outils numériques, on allait les concerner, leur permettre de faire de la médiation. Mais il y a eu bien sûr l’écueil lors du passage de l’état de projet à la concrétisation, on a manqué de temps. Heureusement les équipes de construction de décors de l’Odéon se sont joints au projet. Ils ont travaillé avec les étudiants, il y a eu plein de rencontres pour réaliser en vrai leurs dispositifs et ça a été un moment assez fort. Ca a confronté les étudiants à l’idée de réalité, tout d’un coup ça devenait concret. Mais comme je disais on a manqué de temps, pour certains projets et pour communiquer aussi. Mais finalement le but n’était pas de faire rayonner l’Odéon sous entendu « on est les meilleurs regardez ce qu’on arrive à faire ». Le but c’était de faire rayonner la pièce, les étudiants, Shakespeare. Pour l’Odéon ça voulait dire aussi comment faire face à ces enjeux-là, comment être dans une nouvelle façon d’envisager la médiation. Pour nous c’est le soucis premier, aller chercher des publics, qui ont peur de pousser les portes par ces créations de contenus-là, par le biais du numérique.

Faire venir du public grâce aussi aux outils de ciblage numériques et d’e-marketing ? Données extraites des logiciels de billetterie, des réseaux sociaux ? Comment se positionnel’Odéon sur ses questions-là ? Où en êtes vous ?

On a une vraie conscience de l’importance de ces outils. On est présent autant que faire se peut sur les réseaux sociaux, mais c’est aussi compliqué car l’Odéon a un nouveau directeur (Stéphane Braunschweig a été nommé à la tête de l’Odéon suite au décès de Luc Bondy en décembre 2015 NDLR) donc les choses se mettent en place petit à petit en terme de politique de communication. On a une stratégie marketing et d’e-mailing pour toujours informer notre public et essayer d’aller plus loin dans l’image qu’on a envie de donner de l’Odéon. On veut qu’il soit perçu comme un lieu ouvert. Ces outils-là nous permettent de le faire. A l’Odéon on travaille avec le logiciel de billetterie 3e Acte et aussi Smartfocus. C’est surtout la responsable de la billetterie Nathalie Babault qui travaille avec Sylvain Cardine à l’informatique, qui s’en occupe mais On n est en plein dans la mise en place de tout ce qui va concerner les CRM etc… dans une idée de modernisation. Mais c’est très récent, nous n’avons pas encore assez de recul.

Comment les services de relations publiques et de communication travaillent-ils avec les réseaux sociaux ? Quelle est votre stratégie ?

C’est comme partout, au départ on se dit que les réseaux sociaux ne servent à rien, ensuite il font peur et maintenant tout le monde se sent concerné. Les RSN font partie intégrante de la stratégie globale de communication et de relations publiques, intégrés dès le début d’année. Pour beaucoup de lieux, la difficulté c’est de savoir dans quelle case on met le numérique. Est-ce plus dans la case communication ? Développement des publics ? Presse ? A l’Odéon, on a choisi de ne le mettre dans aucune case spécifique. Bien sûr ça touche un peu plus sur la communication mais ça fait vraiment partie d’un ensemble de tous ces pôles-là. L’idée de créer un pôle spécifique au numérique est en discussion mais il serait de toutes façons liés à tous les autres. On est en pleine réflexion.

Quelles actions de base mettez-vous en place en terme de numérique et d’e-marketing dans ce cas ?

Sur les réseaux sociaux on fait de la prospection sur les leader d’opinion, bloggeurs, la presse web, la recherche de création de contenus plus originaux et de médiation. Par exemple en ce moment on mène un projet avec l’Ecole Estienne, sur la création de dessins animés (Très très vite, résumé des pièces en vidéos de trois minutes). On l’avait déjà fait pour Ivanov et Richard III, on avait envie de faire perdurer ce projet. En demandant à des étudiants avec leur créativité de s’en emparer et de le transmettre à d’autres et plus largement, qu’ils s’emparent de cette forme de communication. Ils vont réaliser quatre dessins animés. Ce sont des outils qui pour moi sont très importants car ils nous permettent de rayonner autrement grâce à ça.

Fanny GauthierParoles de prosCollaborations avec les artistes,MédiationEn janvier dernier, L'Odéon proposait Richard 3.0, projet d'e-médiation hors norme en partenariat avec Thomas Jolly et différentes écoles prestigieuses sur la création de systèmes d'immersion sensorielles liées au numérique. Un projet ambitieux tout comme sa position sur le numérique dans les structures de théâtre de manière générale qui...le laboratoire Théâtres & Médiations Numériques